À la recherche de fissures

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16 novembre, 2022

Les premières terres rares exploitées du Canada proviennent d’une fissure géologique, et c’est un jeune géologue, grâce à son œil aiguisé, qu’il les a découvertes.

Il y a près de 30 ans, Chris Pedersen est allé prospecter à 110 kilomètres au sud-est de Yellowknife, entre les collectivités dénées de Dettah et Lutselk’e.

Même si d’autres personnes avaient remarqué des formations rocheuses prometteuses à cet endroit dans les années 1970, c’est à M. Pedersen que l’on attribue la découverte de ces gisements, en 1983. Ceux-ci sont maintenant au cœur des activités de la mine de terres rares Nechalacho, exploitée par la société Cheetah Resources Corp., basée à Yellowknife.

Aujourd’hui, Pedersen est le géologue en chef de la société.

Le projet comprend deux principaux gisements qui sont situés au lac Thor (Nechalacho) à huit kilomètres au nord du chenal Hearne du Grand lac des Esclaves.

Lorsque M. Pedersen découvre la richesse potentielle des formations rocheuses autour de lac Thor, il y a peu d’intérêt pour les terres rares.

Chris Pedersen, géologue en chef de la société Cheetah Resources Corp. Photo : billbradenphoto

 

« On les appelait autrefois les éléments sous-estimés », mentionne Pedersen en ajoutant que la demande des terres rares n’a augmenté que depuis la création des télévisions en couleurs.

« Il faut reconnaître que la mine Nechalacho est un gisement “géant”, déclare-t-il. Il contient toutes les bonnes compositions chimiques qui rendent le gisement particulièrement riche en terres rares. »

Cette richesse a été créée grâce à des processus géologiques qui ont eu pour effet de concentrer les terres rares en profondeur. Ensuite, durant l’ère protérozoïque, il y a quelque 2,2 milliards d’années, le mouvement des plaques tectoniques et des roches fondues (ou magma) les a fait remonter près de la surface.

« La partie nord de la zone North T de la mine Nechalacho (visée pour l’exploitation minière et maintenant exploité à ciel ouvert) est simplement très concentrée en terres rares. »

« Le gisement des autres zones est plus profond et pourra être exploité à l’avenir, » indique M. Pedersen.

Un des avantages de la mine Nechalacho est que les gisements sont « propres », fait-il remarquer. Ils ne contiennent pratiquement aucun élément lourd radioactif, comme l’uranium et le thorium, que l’on trouve en faibles concentrations seulement.

« On y trouve peu de thorium, et même lorsqu’il est concentré dans le minerai, les concentrations demeurent inférieures aux seuils d’intervention et sont sans risque pour la santé publique, » explique M. Pedersen. « À tous les points de vue, il s’agit d’un gisement “très propre” ».

Les terres rares se trouvent en majorité dans le quartz, qui est essentiellement de la silice pure; donc, pour ainsi dire, aucun traitement n’est nécessaire pour retirer les éléments délétères, » ajoute-t-il.

On estime que des fissures se seraient formées dans d’autres régions des Territoires du Nord-Ouest, mais ces fissures sont souvent cachées par des activités tectoniques plus récentes. C’est pourquoi il peut être difficile pour les géologues de trouver les gisements riches en minéraux critiques, comme ceux de la mine Nechalacho.

Ces derniers temps, la Commission géologique des TNO approfondit ses connaissances sur l’existence et l’emplacement des terres rares et d’autres minéraux et métaux critiques (31 en tout), de plus en plus recherchés pour leur importance dans le domaine des technologies d’énergie propre.

Parmi ces minéraux et métaux critiques, mentionnons l’étain, le cuivre, le lithium, le nickel et le zinc.

John Ketchum, directeur de la Commission géologique des TNO, mentionne que la commission s’appuie sur les connaissances historiques et les projets de cartographie antérieurs pour répondre à l’intérêt croissant à l’égard du potentiel des TNO pour l’exploitation des terres rares et des minéraux critiques.

« Il y a 20 ans, les gens cherchaient des diamants, déclare Ketchum. Aujourd’hui, les recherches se concentrent sur les minéraux critiques. Heureusement, l’emplacement des venues et des indices minéraux que l’on avait déjà enregistré n’a pas changé, et cela nous a aidés à savoir où on devait retourner et regarder la situation de plus près. »

Faisant l’éloge des cartes détaillées dressées par la Commission, M. Pedersen croit qu’il y a « un véritable potentiel pour trouver des gisements de terres rares sur un territoire aussi vaste que celui des TNO. »

« Il faut chercher dans les régions inhabituelles où des fissures se sont formées, déclare-t-il. Si on me disait qu’il existe un autre rift, moi – et des gens comme moi – on y serait en un clin d’œil. »