Place aux artistes d’Arts TNO : Charlotte Overvold, la fée des écailles

News Type: 
Articles du blogue

Le 19 décembre 2019

Charlotte Overvold récupère des os et des écailles de poisson des poubelles et les transforme en merveilles délicates, écrit Sarah Swan.

D’abord publié le 7 juin 2019 par Sarah Swan, dans le magazine EDGE.

La cuisine de Charlotte Overvold fait également office d’atelier. La table est parsemée d’écailles de poisson, de colles, de pigments. Le congélateur regorge de squelettes de truites et de corégones du Grand lac des Esclaves. Océane Snow, sa fille de six mois aux yeux brillants, trône au milieu de la pièce en gazouillant et en brandissant les poings joyeusement, tout en refusant de faire une sieste. La cuisine-atelier animée brosse un tableau fidèle de Mme Overvold : en tant que mère, artiste et militante, elle ne fait pas de séparation entre l’art et la vie. La naissance de sa fille a renouvelé son engagement à apprendre la tradition dénée des créations artistiques en écailles et des papillons en arêtes de poisson. « Ma mère m’a enseigné cet art dès mon plus jeune âge, mais je continue d’en approfondir la connaissance. Cet art fait partie de moi, mais je n’ai jamais fini d’en découvrir toutes les facettes », affirme-t-elle.

Bien qu’elle ait été élevée à Yellowknife par sa famille adoptive, l’artiste est originaire de Fort Good Hope. Elle a étudié les beaux-arts et le travail social à l’université Thompson Rivers de Kamloops, en Colombie-Britannique. « D’une certaine manière, la naissance de ma fille a été une véritable renaissance pour moi. J’en ai appris davantage sur mon identité. J’accepte maintenant toutes les invitations à des ateliers, avec l’espoir que ma fille se découvre elle aussi », poursuit-elle.

Sa révérence pour son art est contagieuse. Elle me montre une relique de son enfance, un sac de plastique rempli d’écailles de poisson aux couleurs subtiles, teintées aux baies de rosiers. Elle explique comment, avant l’adoption des teintures modernes, on colorait les écailles à l’aide de teintures végétales. À une certaine période, les artistes ont commencé à recueillir par lessivage la teinture qui s’écoulait de papiers de soie déchirés; de nos jours, on utilise généralement des tampons encreurs pour le bingo, ou de la teinture à tissus de marque Rit. On obtient ainsi des couleurs fluo ultra-brillantes; l’œuvre se situe à mi-chemin entre le pop-art et l’art inspiré de la nature. Elle a également insufflé une esthétique résolument punk à l’art ancestral qu’elle pratique : sur ses écailles, Mme Overvold applique des couches successives de teintures et de durcisseurs pour les ongles utilisés dans les salons de manucure. « Celles-ci sont conçues pour les guerrières, lance-t-elle en montrant une paire de boucles d’oreilles décorée de piquants, mais elles sont aussi délicates ». Au creux de ma main, elle dépose un minuscule carré d’écorce de bouleau : un enfant, un de ses élèves, y a collé une fleur en écailles de poisson. La tige est constituée d’une seule côte de poisson légèrement incurvée.

Création ambitieuse en trois dimensions, composée d’un papillon en arêtes de corégone perché sur une fleur en écorce de bouleau, agrémentée d’un cocon en écorce de bouleau recouvert d’écailles de poisson et de touffes d’herbe faites de côtes de corégone.

« Je veux changer la perception du corps des poissons, dit-elle. On ne devrait pas les considérer comme des ordures. Les arêtes et les écailles sont belles et complexes : nous devrions les valoriser autant que nous valorisons la terre ».

Apprenez-en davantage au sujet de la pratique de Charlotte Overvold à l’adresse https://www.artstno.com/artist-profile/charlotte-overvold.